Photo : Le drone possède un réservoir de 42 litres de contenance et traite un hectare de vignes en quinze minutes.

L’expérimentation est unique en Champagne : un drone pulvérisateur de traitement d’origine naturelle pour lutter contre les maladies de la vigne. Audacieux, surprenant… et particulièrement efficient.

Le spectacle est hypnotique : un drone de près de trois mètres d’envergure balaye des vignes de champagne pour répandre une décoction d’ortie. En quinze minutes, une parcelle d’un hectare est traitée. C’est deux fois plus rapide qu’avec un pulvérisateur terrestre, moins bruyant, et la seule source d’énergie nécessaire est la recharge de la batterie sur secteur. « C’est une autre viticulture… », admet en souriant Michel Jacob, vigneron d’Avirey-Lingey, qui a repris fin mai les expérimentations avec un aéronef télépiloté entamées en 2019.

À l’époque, le Champagne Serge Mathieu est choisi, aux côtés d’un domaine en Alsace et d’un autre en Ardèche, pour réaliser des premiers tests de pulvérisation aérienne par drone. Les conditions d’alors : avoir des vignes en bio qui présentent des pentes supérieures à 30 % (aujourd’hui, la réglementation est à 20 %), traiter avec des produits de biocontrôle, autorisés en agriculture biologique. Et passer la fastidieuse étape des dossiers administratifs. Michel Jacob bénéficie du soutien technique et humain de la Chambre d’agriculture de l’Aube et est aujourd’hui convaincu de l’efficacité et de la pérennité du processus.

Rapidité, précision, respect du sol et de la vigne

« Ça ne remplacera jamais totalement le traitement terrestre mais ça offre une solution supplémentaire face à des situations complexes », explique Dimitrios Skoutelas, conseiller spécialisé sur la question du drone à la Chambre. Pour des communes viticoles comme Les Riceys ou Avirey-Lingey, dont certaines pentes de vignes atteignent les 40 %, l’accidentologie des tracteurs et enjambeurs est élevée. « D’autant qu’en bio, nous devons intervenir rapidement après une intempérie, souvent sur un sol meuble », précise Michel Jacob. « Un tracteur cause du stress au sol et à la plante, et fait plus de bruit », ajoute-t-il.

Deux salariés de l’exploitation ont passé le brevet de télépilote. Une nouvelle compétence inattendue dans leur profession. « Le drone attise la curiosité et a une dimension sociale positive », observe Michel, alors qu’un confrère vigneron vient observer la démonstration du jour. Les vignes à traiter ont préalablement été cartographiées ; une fois le réservoir de 42 litres chargé, le drone – dont le poids a atteint plus de 100 kilos – s’envole à 2,5 mètres au-dessus des feuilles et répand le traitement sur l’intégralité de la surface donnée, à une vitesse n’excédant pas 18 km/h. Si le vol est automatique grâce aux capteurs du drone qui évalue son environnement et les obstacles naturels ou humains, le télépilote doit guider l’envol et l’atterrissage et ne pas le quitter des yeux pendant toute la durée de l’opération.

« Je pense que l’avenir réside dans la biotechnologie. Apporter un maximum de solutions permettra au plus grand nombre d’accéder aux cultures bio »

Au-delà de la rapidité d’intervention et d’action, le drone présente d’autres avantages sur le terrain : le mouvement des hélices sèche les vignes de façon purement mécanique. « Pratique, quand on sait que le mildiou se propage en milieu humide », détaille Michel. L’air brassé par l’aéronef permettrait aussi, dans une certaine mesure, de gagner quelques degrés au sol et lutter ainsi contre les épisodes de gel de printemps. « Face à la pression climatique, la vigne trouve des solutions car c’est une plante très résiliente mais notre travail de vigneron, c’est de bien la connaître pour mieux l’accompagner. »

Biotechnologie

« Je pense que l’avenir réside dans la biotechnologie. Apporter un maximum de solutions permettra au plus grand nombre d’accéder aux cultures bio », affirme Michel Jacob, dont les 11 hectares de Pinot Noir et Chardonnay sont en bio. Il a investi dans le drone DJI Agras T50 pour 23 000 €. « Un tracteur vaut environ 70 000 €, consomme du carburant et tombe très souvent en panne », observe-t-il.

Expérimentateur chevronné, le vigneron utilise également les rayons ultraviolets pour prévenir des maladies. « Je ne suis pas convaincu que la vigne d’aujourd’hui soit d’avenir compte tenu du carcan réglementaire par lequel elle est régie », confie-t-il. « J’essaye d’avoir une vision à long terme pour ceux qui nous succéderont, d’anticiper les tendances et de réfléchir aux solutions, entouré de personnes de très haut niveau d’expertise. Car plus j’avance, moins j’en sais… », conclut le vigneron, le regard plein d’espoir.