Photo : Hélène Monleau, vigneronne à Villenauxe-la-Grande est en plein ébourgeonnage.
Villenauxe-la-Grande. Les vignerons du secteur sont sur le qui-vive face à une météo qui alterne épisodes de pluie et de chaleur, un cocktail qui peut vite déclencher une catastrophe sanitaire.
Installée sur son chariot, Hélène Monleau ébourgeonne ses pieds de vigne. À la force des jambes, elle avance dans une parcelle du vignoble de Plessis-Barbuise, où la végétation pousse à toute vitesse. Car si le ciel est bleu aujourd’hui, il ne l’était pas hier et ne le sera peut-être pas demain. « L’humidité, c’est le nerf de la guerre », glisse la vigneronne en arrachant les bourgeons nouvellement éclos. Car l’alternance entre pluie et chaleur fait planer la menace du mildiou, cette maladie qui se manifeste par l’apparition de taches sur les feuilles de vigne.
« Plasmopara viticola »
Importé des États-Unis au XIXème siècle, le mildiou est une maladie provoquée par un champignon, Plasmopara viticola. Il se développe lorsque les températures remontent et que les premières pluies de printemps s’installent. Le champignon attaque alors tous les jeunes organes verts de la vigne : feuilles, grappes, vrilles ou encore rameaux. « Une fois que la maladie est là, ça se propage hypervite », explique Hélène Monleau. La vigneronne précise que lorsqu’une feuille est touchée, elle « ne respire plus ». Les pousses et les grappes peuvent alors se déformer, les feuilles tomber prématurément, retardant le mûrissement des fruits et fragilisant davantage la vigne.
Pour limiter les risques de contamination, certains vignerons appliquent des produits phytosanitaires, à l’image de Sébastien Oudard, viticulteur à Villenauxe-la-Grande. En plein palissage, il explique que plus les brins sont bien placés, plus les traitements sont efficaces. Mais la lutte contre le mildiou ne repose pas uniquement sur les produits : « Si on fait des paquets de feuilles, l’humidité reste bloquée dedans et le mildiou s’y engouffre », explique le viticulteur en relevant les fils d’une vigne. Un travail colossal. « Là, c’est marcher, marcher, courir, marcher, courir. On fait 20 km par jour. »
Le calendrier de la vigne s’emballe
Autre source d’inquiétude : le calendrier de la vigne semble s’accélérer. « Avant, la fleur arrivait vers le 15 Juin. Maintenant, c’est autour du 1er Juin », observe Hélène Monleau. Même constat chez Sébastien Oudard : « On a déjà 25 jours d’avance sur le débourrement par rapport à l’année dernière ». Avec des températures plus élevées dès le printemps, la vigne se développe plus rapidement. Mais cette avance s’accompagne aussi d’épisodes météorologiques plus brutaux : alternance de chaleur et de pluie, orages, humidité persistante. Un terrain idéal pour les maladies, qui progressent alors à grande vitesse. « Ce qui nous inquiète, c’est le mildiou », résume le viticulteur, dont le travail dépend désormais du rythme imposé par la météo.
Si la plupart des viticulteurs veulent limiter les produits, impossible d’ignorer le risque sanitaire. Hélène Monleau, par exemple, a fait le choix de ne pas mettre d’herbicide, mais ne critique pas ceux qui en mettent. « Si on ne traitait pas du tout contre les maladies, il n’y aurait pas de récolte », concède-t-elle. Pierre-Henri Torchet, autre viticulteur aubois, utilise des produits phytopharmaceutiques pour lutter contre les maladies : « O n a des traitements préventifs avec des produits qui durent entre 10 et 14 jours ».
Dans les parcelles, la terre reste lourde et humide tandis que le ciel menace déjà de nouvelles averses. Bien que le soleil brille, les viticulteurs savent que quelques heures de pluie et de chaleur suffisent à relancer la pression des maladies. Comme un orage peut ruiner une récolte en dix minutes, la vigilance des professionnels ne garantit plus grand-chose. « C’est la météo qui décide », lâche finalement Sébastien Oudard.



