Des bourgeons desséchés, secs comme de la paille.

Le vignoble de la Côte des Bar fait face à des dégâts considérables après un épisode climatique inédit. Les fortes variations de température entre février et mars ont provoqué des pertes qui varient selon les parcelles. Certains vignerons ont perdu jusqu’à 90 % de leur récolte. « Toute la parcelle devrait être à ce stade-là. Ici, on a perdu 90 % de la récolte », constate un vigneron.

La problématique vient du réchauffement printanier de fin février, bien trop précoce pour la vigne. « Quand on sort les t-shirts fin février, début mars, c’est trop tôt. Pour la vigne, c’est assez dramatique lorsqu’on a un épisode de froid derrière », explique-t-il. Une fois les bourgeons démarrés, ils deviennent particulièrement sensibles au gel. Le froid habituel du mois de mars a ensuite fait des ravages sur ces parcelles sorties trop tôt. Les dégâts varient fortement d’une parcelle à l’autre. « On peut aller de 100 % de dégâts jusqu’à 30-40 % pour des parcelles moins impactées », précise un responsable viticole.

Cet épisode végétatif de février avec des températures excessives n’avait jamais été connu dans l’histoire de la Champagne. Face à cette situation, certains vignerons ont multiplié les efforts pour protéger leurs vignes. Julien Margonneau a équipé près des trois quarts de son exploitation avec des tours antigel et des chaufferettes à pellets. Il a passé une douzaine de nuits dans les vignes, de 22 heures jusqu’au petit matin, pour préserver les bourgeons déjà éclos. « Alors là, on est déjà à une douzaine de palettes de pellets brûlées pour protéger 80 % de l’exploitation. Donc ça a quand même un coût assez considérable », souligne le vigneron.

Ces moyens de protection représentent un investissement important pour les exploitations. Les vignerons gardent en mémoire les années 2017, 2020 et 2024, marquées par le gel, la grêle et le mildiou qui ont entamé les réserves. « S’il n’y a pas de raisin, le vigneron n’a rien à vendre », rappelle un représentant viticole. Les exploitations déjà fragilisées font face à une situation économique compliquée. La répétition des aléas climatiques inquiète la profession.

Auparavant espacés d’une dizaine d’années, ces épisodes surviennent désormais tous les deux ou trois ans. « C’est un risque que les vignerons, qui à force de ne pas faire de récolte, se retrouvent dans une impasse économique », alerte le représentant. Malgré l’absence de raisin, le travail se poursuit dans les vignes pour espérer une récolte cette année ou l’an prochain.