Photo : Thomas Bonutto – Est-Eclair 16/08/2026
Les vendanges ont démarré dès le 6 Août dans l’Aube, le 10 Août dans la Marne. Jamais ce ne fut si précoce. Mais la sécheresse et le gel ont réduit le rendement, qui devrait atteindre 7 000 kilos à l’hectare en moyenne selon l’Association viticole champenoise.
La campagne 2026 restera dans les mémoires des vignerons par sa précocité extrême et une maturité exceptionnelle. D’autres chiffres montrent à quel point cette année ne ressemble à aucune autre… et pourrait devenir la norme un jour.
L’enchaînement des canicules depuis mai et des températures moyennes qui ne sont quasiment jamais descendues sous les normales de saison pendant des mois (juillet 2026 fut ainsi le mois le plus chaud jamais enregistré en France avec une moyenne de 24,9°C selon Météo France) ont fait de cette vendange 2026 la plus précoce jamais enregistrée en Champagne. Le Comité Champagne a fait le point sur les données hors normes de cette saison qui pourrait augurer de ce qui nous attend d’ici à 2050.
68 jours de floraison
La floraison cette année fut exceptionnellement rapide. Alors que l’écart moyen entre le début de la fleur et la vendange est de 86 jours, elle fut cette année de… 68 jours. Mais l’avance fut prise bien en amont. Le débourrement (l’ouverture du bourgeon) a eu lieu cette année dès le 23 mars pour le chardonnay, le 27 mars pour le pinot noir et le 2 avril pour le meunier. Soit 16 jours par rapport à la moyenne, autour du 13 avril. Quant à la floraison, elle a commencé en moyenne le 30 mai, avec 11 jours d’avance. La vendange aurait donc dû avoir lieu le 24 août avec cette avance précoce. Finalement, ce fut encore plus rapide. D’où la surprise de nombreux vignerons.
38 % de bourgeons détruits par le gel
2026 est tout simplement la deuxième année la plus destructrice pour les bourgeons à cause du gel. 38 % d’entre eux ont été détruits, particulièrement la nuit du 27 mars où les bourgeons commençaient tout juste à s’ouvrir. C’est la seconde année la plus gélive, derrière 2003 avec 45 % de destruction mais devant 1991 et ses 35 %. L’Aisne est le secteur le plus touché avec 65 à 85 % de destruction. Suivent la Vallée de l’Ardre, 65 %, la Côte des Bar, 55 à 65 %, la Vallée de la Marne avec 50 %, le Massif de Saint-Thierry avec 40 %, la région de Trépail, le Perthois et Petit Morin avec 20 à 30 %. Des nouveaux bourgeons peuvent apparaître mais ils sont bien moins productifs. Ils compliquent aussi la taille d’hiver.
29,25°C de moyenne en Juin et Juillet
Ce n’est un secret pour personne. L’année 2026 fut particulièrement chaude. Les relevés du Comité Champagne montrent que de janvier à juin, les températures étaient 1,5 °C au-dessus des normales, à 11,83 °C, loin devant 2007 et 2020. Le pire est atteint en juin et juillet : 29,25 °C de moyenne. « Pour la première fois, la température est montée au-delà de 40 sous abri en juin avec 41,7°C à Glannes et 41,3 °C aux Riceys », note le CIVC. C’est très loin devant 1976 (27,3 °C) et 2006 (27,3 °C). En 2026, « la canicule fut permanente », conclut Sébastien Debuisson, le directeur qualité et environnement durable du CIVC.
Moins de 20 mm de pluie en Juillet
À l’exception de février où il a plu quasiment 110 mm en moyenne contre un peu moins de 60 mm habituellement, et de mai, dans la normale, tous les autres mois de l’année ont été en déficit de pluie. Seulement 50 mm de pluie en janvier contre un peu moins de 80 mm habituellement, à peine 40 mm contre 78 mm en juin… et surtout à peine 10 mm en avril au lieu des 40 mm habituels. Quant au mois de Juillet, il est tombé à peine 20 mm de pluie contre 62 mm en temps normal. L’année fut exceptionnellement sèche.
321 mm… une évapotranspiration record
L’humain transpire mais les plantes et la terre aussi. C’est ce qu’on appelle l’évapotranspiration. En Juin et Juillet 2026, elle a atteint des niveaux records. Le CIVC estime que sur ces deux mois, les sols et la vigne ont perdu 321 mm d’eau en 2026 (contre 282 mm en 2006 et 268 mm en 2018). « Ce qui explique pourquoi, quand il pleut 10-15 mm, au bout de trois jours, tout était sec », souligne Sébastien Debuisson. Il aurait fallu plus de 321 mm de pluie pour compenser. Mais entre juin et juillet, il n’est tombé qu’une cinquantaine de mm sur la Champagne en moyenne.
Plus de 100 heures de soleil en plus en Juillet
Si l’insolation 2026 fut légèrement au-dessus de la moyenne, ce n’est pas le cas du mois de juillet. « On a atteint plus de 350 heures d’insolation par jour, note Sébastien Debuisson. C’est quasiment le maximum possible. » La normale se situe à 250, soit une centaine d’heures d’ensoleillement en plus. Pour le directeur qualité, c’est ce qui explique la croissance continue de la vigne et sa maturité express. Malgré le manque d’eau, « la vigne n’a jamais manqué d’énergie pour se développer », malgré le stress hydrique, qui a surtout fait souffrir les jeunes vignes. Cette fois, le vieillissement du vignoble champenois (35 ans de moyenne en 2023), une inquiétude du Comité Champagne, a été bénéfique. Les vieux ceps ont pu puiser de l’eau dans les profondeurs.



