Photo : Au champagne Joël Thierry, à Bergères, l’équipe de vendangeurs est composée de 24 personnes, dont majoritairement des jeunes de 17 à 25 ans. Est-Eclair – Edition du 20/08/2026 / Journalistes (Agathe Devitry & Armand Patou)
Barsuraubois. De la coupe des grappes dans les vignes de Bergères à leur arrivée au pressoir de la coopérative Gaston Cheq à Meurville, nous avons suivi le raisin au fil d’une journée de vendanges particulièrement précoce.
À 10h, ce mardi , la journée de vendange a bien commencé et les rangs ne sont pas silencieux. À quelques mètres de la maison de Joël Thierry, à Bergères, les discussions se mêlent aux plaisanteries. Dans les rangs, les 24 vendangeurs s’activent. Certains coupent les grappes, d’autres vident les paniers, tandis que les plus anciens prennent les commandes du chenillard. Chacun connaît sa tâche.
Au champagne Joël Thierry, les vendanges ont commencé dans une Champagne qui n’avait jamais vu la récolte démarrer aussi tôt. Dans le Barsuraubois, la majorité des viticulteurs ont commencé les 17 et 18 Août. À l’échelle de l’appellation, le rendement commercialisable a été fixé à 8 800 kg/hectare.
« Nous avons fait une parcelle à environ 2 500 kg/hectare, une autre à 6 000, pour l’instant, on ne sait pas trop mais on ne fera pas l’appellation, c’est certain ! », assure Laurette Leveillé, aux pieds des rangs.
Une équipe qui se connaît
Mais dans les rangs de Bergères, ce sont surtout les femmes et les hommes qui donnent le ton. La majorité de l’équipe a entre 17 et 25 ans. Beaucoup sont des amis des enfants de la famille Thierry. Un choix assumé par Laurette Leveillé. Le recrutement repose ainsi largement sur la confiance. Pour les jeunes, qui ne sont pas encore majeurs, Laurette a d’ailleurs privilégié ceux dont elle connaît les parents. « C’est une sécurité en plus. »
Vendange intergénérationnelle
Le mélange des générations semble pourtant se faire naturellement. Les plus anciens connaissent les habitudes de la maison et encadrent les plus jeunes, sans que les rôles soient figés. « Il y a une belle entente entre les jeunes et les plus anciens. Ce sont des gens motivés, qui travaillent bien, ils ont soit terminé leurs boulots d’été, soit ils attendent pour reprendre leurs études », raconte Laurette Leveillé.
Dans les rangs, l’entraide est visible. Certains viennent pour la première fois. « Nous avons un homme de 74 ans, qui voulait faire les vendanges au moins une fois dans sa vie. Tout le monde est aux petits soins avec lui », sourit-elle. « D’autres viennent depuis des années, même qui sont là depuis 20 ans », souligne Laurette Leveillé. Une ancienneté qui permet de transmettre les habitudes et les gestes aux nouveaux venus. « C’est ça qui est sympa, tout le monde s’entraide et s’entend bien. »
Les horaires adaptés
La journée commence tôt, dès 6h30. Avant de partir dans les vignes, les vendangeurs prennent leur petit-déjeuner. La plupart sont logés sur place et bénéficient également du casse-croûte en milieu de matinée, puis du repas du midi, lorsqu’ils terminent à 13h30 et enfin du repas du soir. « Ça permet à chacun de pouvoir récupérer et de profiter de l’après-midi », assure la viticultrice.
Cette organisation contribue elle aussi à maintenir l’esprit de groupe. Le champagne Joël Thierry a fait le choix de conserver son équipe, sans passer par un prestataire, pour garder la main sur le recrutement mais aussi sur l’ambiance. En revanche, aucun débordement n’est toléré. « On leur fait signer une sorte de règlement intérieur, que chacun s’engage à respecter au risque de se voir licencier sur-le-champ en cas de non-respect des règles », explique-t-elle sans détour.
Le raisin manque
Cette année, les coupeurs ne devraient pas avoir à s’attarder sur chaque pied. Le faible nombre de grappes rend la vendange rapide. Une situation qui contraste avec l’importance de l’équipe mobilisée pour quelques jours de récolte.
Car la vigne a payé un lourd tribut aux conditions météorologiques de l’année. Gel, grêle, épisodes de canicule et manque d’eau ont successivement pesé sur le potentiel de récolte. Une accumulation d’aléas qui explique des volumes parfois très éloignés du rendement fixé.
Laurette Leveillé ne cache pas que la récolte n’est pas « dingue ». Mais dans les rangs, pas question de laisser cette déception prendre le dessus. Les paniers se remplissent doucement, se vident, puis repartent. Le chenillard avance. Les coupeurs progressent rapidement dans les rangs.
Même constat à la coopérative
Une fois le raisin coupé, le champagne Joël Thierry livre ses caisses à la coopérative Gaston Cheq, située route de Bergères, à Meurville, en plein cœur de la Vallée du Landion. À 16 h, les livraisons s’enchaînent, mais l’affluence est plutôt calme. « C’est une année spéciale pour différentes raisons, je pense que c’est la première année d’une nouvelle ère », assure Louis Gonet, président de la coopérative qui compte 80 adhérents. « Nous avons été les premiers à ouvrir puisque notre adhérent de Montgueux a débuté ses vendanges le 6 Août », explique-t-il.
Ici, près de 30 personnes s’activent pour faire tourner la coopérative jour et nuit. Au total, cette dernière compte huit pressoirs et a une capacité de production de 14 500 hectolitres.
« On ne sait pas ce que ça va donner à la fin, mais nous n’aurons pas le rendement », affirme-t-il, lui aussi. « Nous avons tout eu, le gel, la grêle, la canicule et même les animaux qui venaient manger les baies », explique-t-il. En effet, les animaux, et notamment les chevreuils viennent dans les parcelles afin de grignoter les grains. « Ils viennent s’abreuver sur les raisins et détruisent la récolte », développe le président.
Des grappes marquées
« On peut voir que les grappes sont marquées par les différents aléas de l’année, elles sont tout de même plus petites que les vendanges précédentes », estime Louis Gonet . « Le seul point positif, c’est que nous avons été épargnés par la maladie, le raisin est ultra-sain, nous n’avons pas de pourriture, pas de mildiou. Le problème, c’est juste que le volume de vendange qui est très faible par rapport à ce que l’on aurait aimé faire. »
Le chiffre : 8 800
Une année test pour les vignerons ?
Cinq épisodes de canicule en 2026. Du jamais-vu qui se ressent jusque dans les vignes, alors que les vendanges ont débuté dans un contexte particulièrement chaud. « C’est une année test avec le réchauffement climatique », observe Louis Gonet, président de la coopérative Gaston Cheq.



