Révision de l’aire d’appellation : le dossier vieux de 23 ans fermé
Champagne. Au cours d’un conseil d’administration, ce mercredi 21 octobre, le Syndicat général des vignerons a officiellement acté la fin de ce chantier aux allures de serpent de mer, démarré en 2003.
Non. Non, les 40 nouvelles communes appelées à intégrer l’appellation champagne n’y entreront pas. Non, les deux qui devaient en sortir n’en sortiront pas. Non, la nouvelle délimitation parcellaire sur laquelle travaillaient depuis dix ans les experts de l’Institut national de la qualité et de l’origine (Inao) ne sera même pas consultée par le Syndicat général des vignerons.
En décidant de demander à l’Institut national de l’origine et de la qualité de mettre fin à ses travaux sur la révision de l’aire d’appellation champagne, le conseil d’administration du SGV ferme un dossier vieux de 23 ans, qui avait pris au fil du temps des airs de serpent de mer.
Les temps changent
En 2003, quand le dossier avait été ouvert, les Champenois pensaient encore que la vigne pouvait monter jusqu’au ciel. Après la gueule de bois post-millénaire, 2002 avait vu la Champagne reprendre les expéditions, 2003 devait le confirmer et 2004 allait être la deuxième année au-dessus de 300 millions de bouteilles expédiées, après 1999. Le réchauffement climatique n’avait pas encore connu l’accélération qu’il connaît aujourd’hui : 2003 allait être la seule vendange d’août de la décennie 1996-2005. La décennie suivante en connaîtrait trois et celle de 2016 à 2025 en connaîtrait cinq, avant que la Champagne connaisse, en 2026, sa première vendange intégralement réalisée en Août.
La géopolitique aussi
Sur le plan géopolitique, la situation est également devenue beaucoup plus complexe. L’ère de la mondialisation heureuse a vécu.
Les marchés émergents du début des années 2000, dont le marché chinois, n’ont jamais vraiment fait autre chose qu’émerger et la Champagne continue d’expédier près de 90 % de ses volumes sur une douzaine de marchés, France incluse.
Quant au marché français lui-même, il ne s’est jamais réellement remis de la crise de 2008 : en vingt ans, de 2005 à 2025, il a perdu 65 millions de bouteilles. L’export, s’il a plus que comblé en termes de chiffre d’affaires, n’a pas compensé en intégralité les volumes perdus : au total, entre 2005 et 2025, la Champagne a perdu 50 millions de bouteilles.
Il est urgent d’attendre
Pour le Syndicat général des vignerons, qui prend cette décision en tant qu’Organisme de défense et de gestion de l’appellation champagne, il est donc temps de mettre fin à ce chantier de révision, qui engagerait la Champagne pour plusieurs décennies alors qu’il n’est plus dans l’air du temps.
Pourtant, il arrivait au bout, ce dossier. Le syndicat insiste même sur le fait que sa décision ne remet en cause ni la pertinence d’une révision, ni la qualité du travail des experts. La première partie, la révision de l’aire communale, avait été présentée au SGV, qui lui avait donné un avis favorable sans, toutefois, demander à l’Inao de la valider définitivement. L’Inao avait donc entamé la deuxième phase du chantier, la révision parcellaire, dans l’optique de faire valider intégralement les deux phases en une seule procédure. Ça n’aura pas lieu, puisque le dossier de révision parcellaire, attendu pour la fin de l’année, ne sera pas présenté.
Et maintenant ?
Et maintenant, que vont-ils faire ? Eh bien, maintenant, le SGV peut décider de rouvrir un chantier de révision qui prendra en compte, dès le début, le réchauffement climatique. Et puis, il y a la question de la sécurisation juridique de l’aire d’appellation, comme le montre l’affaire de Fontaine-sur-Aÿ. Aujourd’hui, malgré plusieurs révisions, la délimitation de l’appellation champagne repose toujours essentiellement sur la loi du 22 juillet 1927 et sur les procès-verbaux qui en découlent. Malgré un « PV de 27 » à néant, avec donc zéro vigne déclarée, Fontaine-sur-Aÿ a pu faire réviser son parcellaire, sur la base de présence de vignes avant la crise du phylloxéra. Une révision générale en bonne et due forme de la délimitation de l’aire d’appellation permettrait d’éviter que ce cas se reproduise.
Le résultat du vote au conseil d’administration du Syndicat général des vignerons, mercredi 21 Octobre : 78,85 % pour l’arrêt du chantier de révision de l’aire d’appellation, 21,15 % pour sa finalisation, pas d’abstention.
Article Yan Tourbe Est-Eclair – édition du 22/10/2026
Le Petit + – Issu de l’article de France 3 Champagne-Ardenne
La décision fera donc des heureux et des déçus en imposant le statu quo. Les communes de la Marne telles que Germaine et Orbais avaient été citées comme appelées à sortir de l’aire d’appellation. À l’inverse, dans l’Aube, des villes telles que Bouilly, Laines-aux-Bois ou Saint-Germain, proches des coteaux de Montgueux, ont été convaincues un moment qu’elles pourraient y entrer.



